Tout ce dont on rêvait -François Roux

Premier coup de coeur de l’année, premier roman de François Roux lu. La couverture ainsi que le résumé m’ont bien tentée. On est loin de l’histoire d’amour à l’eau de rose même si Juliette cherche l’homme de sa vie. Elle a 25 ans et a rencontré que de “ sombres abrutis ”. Voilà sa vision des hommes pourtant elle veut plaire. Les pages se tournent toutes seules. Le style, le rythme nous entraînent. Les nombreuses ellipses temporelles nous font vivre en accélérer le quotidien de Juliette & Nicolas. Il y a une certaine distance par rapport aux personnages parce que l’on passe de l’un à l’autre.

La société dans laquelle ils évoluent, l’époque ont leur importance. L’histoire comprend le choc des attentats de Charlie Hebdo mais aussi la hausse du chômage, les addictions dont souffrent les sur-consommateurs que nous sommes… Nombreux sont les maux du XXIème siècle. François Roux nous propose une réflexion juste sur notre époque avec ce couple pour qui tout n’est pas parfait mais ils résistent, s’accrochent pour essayer d’être heureux, épanouies.

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Juliette est infirmière dans un service psychiatrique. Elle sort souvent avec son ami Ahmed pour faire des rencontres. Un soir, elle repère Alex et “ dans son esprit, il demeurait inconcevable que les choses se déroulent de manière aussi simpliste ”. Elle l’embrasse et part avec lui accompagnée de son frère Nicolas. Deux hommes aux caractères opposés : l’un plein d’assurance & l’autre, mélancolique. Justine prend leur relation au sérieux alors qu’Alex est présent par son silence. Elle finit par se rendre chez eux, Nicolas l’accueille. Ce dernier pense qu’elle devrait fuir son frère, il n’est pas assez bien pour elle.

Justine discute avec cet homme qui prend le temps de l’écouter. Très vite, elle s’installe chez eux.

“ Nicolas tomba amoureux de Justine, s’imposant comme mission de la sauver de son malheur ”.

“ Justine souffrait bien évidemment de ce jeu où elle était à la fois convoitée par l’un et ignorée, voire méprisée par l’autre ”.

Nicolas fait passer le bien être de Justine avant le sien. Pourtant la jeune femme ne cesse de venir et de repartir pendant deux ans jusqu’au moment où elle décide de se poser.

Nicolas et Justine vont avoir un premier enfant puis un deuxième. Le récit s’accélère et ne fait pas durer les années. Justine ne se sent pas vraiment mère, c’est son inaptitude au bonheur qui l’empêche de chérir ce qu’elle a, bien qu’elle veut essayer d’être épanouie. C’est le combat de toute une vie. Nicolas au contraire maintient son rôle de protecteur.

Grâce à Adèle, leur aînée, l’auteur traite de nombreux sujets d’actualité notamment politique (FN, fanatisme religieux). Justine a du mal avec le discours que tient son père. Il prône un nationalisme et non une société multi-culturelle. Ce qui est un juste reflet de notre société actuelle.

“ Elle s’était sentie honteuse d’être française, d’appartenir à une nation délibérément  rétrograde, si phobique sur tant de terrains ”.

Le travail de Justine permet de mettre en avant les travers du capitalisme et les maux qu’il engendre. Quelques témoignages nous sont transmis au travers de ses patients détruits par les addictions ( au travail, à l’argent, aux drogues…).

Nicolas, après le rachat de son entreprise, est licencié. François Roux montre le quotidien de nombreux individus en France qui subissent le poids du chômage. Personne ne l’aide malgré ses relations, il connaît “ les exigences cruelles de l’attente ”. Il a 49 ans, trop vieux pour la société du XXIème siècle. On lui propose un programme de coaching qui lui fait perdre son temps, des mois même si cela le fait sortir de sa prison familiale. François Roux use d’un vocabulaire propre au coaching comme le “potentiel de performance visuelle”.

Il essaye de faire bonne figure, ce n’est pas facile après des mois de chômage.

“ C’était lui le protecteur, lui le sauveur. C’était sur lui que devait se reposer cette femme qu’il savait si fragile ”.

“ En digne vaincu, il rendit les armes, acceptant de se défaire de son identité et de se fondre dans celle que les autres attendaient qu’il endosse, c’est à dire celle d’un chômeur de longue durée  ”.

Une certaine distance s’installe dans le couple, le désir n’est plus là. Justine, comme Nicolas, se sent seule, elle ne l’aime pas. “ Son destin était d’être toujours insatisfaite ”.

“ Les deux époux avançaient côte à côte, chacun comme il le pouvait, avec difficulté le plus souvent, sans faire attention à autre chose qu’à son propre chemin”.

Alex fait son grand retour et vient habiter chez eux car il s’est fait quitter.

“ Elle n’avait jamais cessé de désirer ce type, et peut être d’en être amoureuse ”.

“ Toute sa vie avec Nicolas n’avait été qu’une énorme erreur ”.

Il est dommage que les sentiments de Justine n’aient pas été davantage approfondis avant de repasser au point de vue de Nicolas.

À la fin, un élément déclencheur va pousser Justine à prendre en compte ce qu’elle ressent vraiment, à se replier en elle-même. Elle a passé sa vie à se soucier des autres (par rapport à son métier), il est temps de perdre soin d’elle même. Heureusement Nicolas avait “ un amour absolu, immense et théorique qui lui donnait un sentiment de toute puissance ”. Le roman se finit par une note d’espoir, tout se remet en place.

“ Le vrai courage c’est de résister ”. 

Une vraie surprise d’être tombé sur cet auteur, cela m’a donné envie de lire Le Bonheur national brut. Coup de coeur pour ce livre et la vision de la société qu’il nous partage dans laquelle nous sommes en train de vivre…

Bonne lecture,

Ana

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