Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe – Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Ngozi Adichie est une auteure que j’apprécie particulièrement. Dès que j’ai vu son dernier livre Chère Ijeawele, je ne pouvais pas repartir sans. Et j’ai bien fait, une pépite à la hauteur de sa créatrice. Americanah était un gros coup de coeur de l’année 2015 et il perdure depuis. C’est un livre que je conseille et que j’offre. En quelques mots : on suit le parcours d’Ifemelu qui vit au Nigeria. Elle va se rendre aux USA pour poursuivre ses études et quitte ainsi son pays, sa famille et son amour de jeunesse. Elle se rend compte à partir de ce moment là qu’être noire pose et créé une différence au sein de la société américaine. Elle va grandir, évoluer, essayer de s’adapter. Elle va également tenir un blog sur la discrimination, le racisme dont elle est témoin au quotidien. Un très beau roman, profond et qui nous propose un regard intéressant, construit sur notre monde actuel. À lire si ce n’est pas fait !

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Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe est à la hauteur d’Americanah. C.N.Adichie propose d’appliquer certains principes dans l’éducation des enfants afin de remettre en cause ce qui est inné dans notre société mais ne devrait pas l’être. C’est une amie qui a demandé conseil suite à la naissance de sa fille. Elle tente de répondre à la question suivante : comment lui donner une éducation féministe ? Elle n’impose rien mais propose des suggestions avec délicatesse et bien souvent, appuyées par des exemples.

“ L’amour que tu portes à ton enfant sera ton meilleur guide”.

Quinze suggestions vont donc se succéder sur soixante-dix-huit pages, autant dire que la lecture est rapide, elle doit être savourée à chaque mot. Les voici de manière succincte :

  1. “Sois une personne pleine et entière” : une femme n’est pas seulement définie par son rôle de mère. Elle forme un tout. De plus, le travail n’est pas exclu à partir du moment où l’on donne naissance.
  2. “Faites les choses ensemble” : le père et la mère (ou deux mamans, deux papas) sont là pour l’enfant, ensemble. Ils est important de partager les moments passés avec l’enfant. La mère n’a pas le rôle dominant, le père a sa place. Il faut trouver un équilibre.
  3. “Apprends-lui que les “rôles de genre” n’ont absolument aucun sens” ♥ : par des exemples, elle nous explique qu’elle trouve ridicule que le rose soit attribué aux filles et le bleu aux garçons, de même avec les poupées et les voitures. Pourquoi une petite fille ne pourrait-t-elle pas jouer aux jeux dits de garçon? On ne doit pas rester bloquer sur ces cadres que le marketing, les schémas d’éducation nous imposent sans fondements. Elle dit justement : “J’ai été frappée de voir à quel point notre culture commence tôt à façonner nos représentations de ce qu’un garçon doit être et de ce qu’une fille doit être”. L’enfant doit avoir le choix afin de devenir ce qu’il est au plus profond de lui-même.
  4. Refuser le féminisme light : “ le bien être des femmes ne doit jamais dépendre de la bienveillance des hommes ”. Une femme peut être puissante, avoir des fonctions importantes. Le pouvoir ne doit pas être seulement masculin parce que c’est “génétique”.
  5. Apprends-lui à lire (…). Apprends-lui à aimer les livres” ♥
  6. “Apprends-lui à questionner les mots”, “Apprends-lui aussi à remettre en cause l’idée que la femme serait une espèce à part (…). Elles ont juste besoin qu’on les traite en êtres humains égaux”.
  7. “Ne présente jamais le mariage comme un accomplissement” ♥: le mariage ne doit pas être perçu comme une “récompense” pour les femmes. Il ne faut pas attendre après ce moment pour s’épanouir. Dès l’enfance, les petites filles sont martelés par le mariage comme un but à atteindre. “Dans notre monde, le rôle des femmes en tant qu’épouses ou mères importe toujours bien plus que tout le reste”. Si une femme veut garder son nom, libre à elle.
  8. “Apprends-lui à ne pas se soucier de plaire”, « Apprends-lui à être sincère. Et bienveillante. Et courageuse” ♥
  9. “Offre (…) un sentiment d’identité” : il est important de montrer la beauté des Africains et des Noirs face au modèle qu’on impose à travers les médias, la littérature etc : la représentation d’une beauté qui passe uniquement par les Blancs. Les deux existent et doivent cohabiter ensemble.
  10. “Pèse soigneusement ta façon d’aborder son apparence physique” : elle prend pour exemple le fait de porter une jupe courte. Il ne faut pas rattacher cela à la morale et dire que c’est indécent mais plutôt que cela ne lui va pas pour telle raison. Ce n’est pas immorale de porter une jupe courte, la faute revient aux hommes qui ne savent pas contrôler leurs pulsions.
  11. “ Apprends-lui à questionner la façon dont notre culture utilise la biologie de manière sélective, comme “argument” pour justifier des normes sociales”.
  12. “Parle-lui de sexe et commence tôt” :  “il est essentiel de parler de ce sujet, de dire que la sexualité ne commence pas seulement après le mariage, que “son corps lui appartient à elle seule”, savoir dire non est important.
  13. “Apprends-lui qu’aimer ce n’est pas seulement donner, c’est aussi recevoir” : elle doit être là pour écouter sa fille, se confier, se questionner face à cet amour qu’elle connaîtra et apprivoisera. Le rôle de l’homme n’est pas de subvenir à ses besoins, elle peut y participer.
  14. “Quand tu lui apprendras ce qu’est l’oppression fais attention à ne pas faire des opprimés des saints”.
  15. Éduque-la à la différence (…). Fais de la différence une chose ordinaire” : l’enfant doit avoir les outils pour survivre dans “un monde de diversité”.

Pour finir sa lettre, Adichie souhaite :

“ Qu’elle ait quantité d’opinions, et qu’elle les construise avec un esprit éclairé, humain et ouvert (…). Qu’elle ait la vie qu’elle désire, quoi que cela puisse signifier”

Je pense qu’après ce discours, il n’y a pas grand chose à ajouter ou à conseiller à cette maman qui veut élever sa fille de la manière la plus juste. Pour appliquer tout cela, il faut savoir remettre en cause des idées qui sont profondément ancrées depuis notre enfance. Son discours est là pour nous éclairer et mettre des mots sur des choses avec lesquelles nous sommes en accord. C’est un manifeste qui nous fait réfléchir sur la société qui nous entoure, sur la façon dont nous véhiculons des préjugés qui sont à démonter et à ne pas transmettre à nos enfants.

Un livre à mettre entre toutes les mains,

Bonne lecture,

Anaïs

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